Le confinement mis en place durant ce mois de mars pour lutter contre la pandémie du nouveau coronavirus n’est pas propice à la musique. Live shows annulés ou repoussés, disquaires fermés, le temps s’est arrêté pour les artistes, qui maintiennent le lien avec leurs followers par leurs réseaux sociaux.

Les écoutes de musique en streaming souffrent également : Apple Music, Deezer et Spotify auraient vu, en France, leur trafic chuter de 10 à 15% durant la première semaine de confinement, a révélé le web site d’enquête et de décryptage Les Jours. 

Leur conclusion : notre consommation de musique reflète désormais notre agitation, notre mouvement perpétuel. Pourquoi continuer à écouter de la musique si on n’a plus nulle half où aller, si on n’a plus de temps de trajet à habiter ? 

Écouter de la musique au temps du confinement

Alors, peut-être faut-il repenser notre rapport à la musique. Si le confinement ne doit pas s’accompagner de nouvelles injonctions à la surproductivité ou la créativité, mais être ce que chacun veut en faire pour le supporter au mieux, il peut être l’event de ralentir un peu le rythme, et retrouver de nouvelles locations à accorder à la musique. 

Face à ce flot ininterrompu d’informations sur le SARS-CoV-2, les déclarations impromptues de dirigeants, les témoignages glaçants de soignants, les coups de gueule justifiés de professions exposées, mal protégées et inconsidérées, il n’a pas été easy de pouvoir, encore moins de vouloir, s’arrêter, et ne pas abandonner la musique, voire, y trouver un intérêt dans ces temps difficiles et déstabilisants.

Pourtant, beaucoup se sont réjouis de la sortie des nouveaux albums de The Weeknd et Dua Lipa comme parfaits tremplins à l’évasion intra-muros, et remparts au silence qui règne pour le bien de nos soignants. Et ils ont raison. Tandis que de leur côté, les musiciens de l’Orchestre nationwide de France se sont organisés pour jouer le Boléro de Ravel à distance, chacun chez eux, et en ont fait une vidéo savamment montée. C’est beau à en avoir des frissons.

Allez, dansons tous dans nos salles de bain en attendant de pouvoir se retrouver à nouveau chez les disquaires, dans les salles de live performance ou les esplanades de festivals. 


1/12

La chanson pour le personnel hospitalier de Vanessa Paradis et Samuel Benchetrit

Ce n’est pas la chanson idéale pour laisser son esprit s’évader, mais c’est peut-être la plus douce, poétique, improvisée par des artistes confinées. 

“Je vous envoie cette tendresse, que je gardais, juste pour vous / Vous qui soignez tant de détresses, moi à l’abri, je pense à vous / Dans vos jours noirs où rien ne cesse, il y a nos vies, c’est grâce à vous / Dans vos nuits blanches, loin des caresses, il a vos vies, merci pour tout.”

En quelques rimes croisés, fredonné face caméra, Vanessa Paradis a tenu à rendre hommage aux soignants qui se battent contre le nouveau coronavirus. Accompagnée à la guitare par son mari, Samuel Benchetrit, la chanteuse, émue, répète “Merci pour tout”. Merci à elle, de poser quelques mots bien agencés sur une mélodie qui apaise.

Juliette Hochberg, journaliste sur Marieclaire.fr


2/12

“After Hours” – The Weeknd

Après un EP, Expensive Melancholy (2018), The Weeknd offre enfin un successeur à l’glorious Starboy (2016). Le Canadien âgé de 30 ans ans monte encore d’un cran avec Afterhours, lengthy tunnel pop et hiphop sombre où il confie ses péchés à coup de tubes, Vocoder et synthés puisés directement dans les années 70 et 80. La culte Your Tune d’Elton John se glisse ainsi entre les refrains de la belle Scared To Stay, tandis que les claviers disco-pop rétro de Blinding Lights n’est pas sans rappeler ceux de Take On Me de a-ha, dans une model ralentie.

En 14 titres, Abel Makkonen Tesfaye de son vrai nom laisse planer son ego surdimensionné au fil de titres qui exploitent des recettes classiques, mais très efficaces. L’enchaînement Heartless, Religion, Blinding Lights, In Your Eyes et Save Your Tears s’écoute en boucle.

Un album homogène qui transporte dans une atmosphère nocturne plaisante, du plus fort de la fête au petit matin où la lumière perce à nouveau. Mais la rédemption semble encore loin pour le vampire The Weeknd.

Morgane Giuliani, cheffe de rubrique Société/Tradition à Marieclaire.fr


3/12

“OK” – Wallows

Après la sortie de leur premier album, Nothing Occurs, il y a tout juste un an, le trio de Wallows est revenu ce mois-ci pour un morceau shock, sobrement intitulé OK.

Pour ce nouveau single, c’est Dylan Minnette, acteur phare de la série Netflix 13 Causes Why, qui prend le micro pour nous chanter une chanson qui parle des “incertitudes dans une relation amoureuse”, confie le groupe au journal Dork.

Compte tenu du contexte de crise sanitaire auquel le monde fait face ces dernières semaines, les principales paroles du morceau “Can we stand up and attempt to really feel okay once more?” (“Peut-on se lever et essayer de se sentir bien à nouveau ?”), prennent une toute autre tournure. 

“C’est l’idée que, peu importe où nous sommes ou à quel level nous nous sentons seuls et perdus en ce second, nous pouvons nous relever et essayer de nous sentir bien“, expliquent-ils.

Thilda Riou, stagiaire Société/Tradition sur Marieclaire.fr


4/12

“Dolerme” – ROSALíA

Après des mois à avoir enflammé la piste de danse avec des titres à l’empreinte reggaeton, Rosalía revient à la mélancolie de son dernier album El mar querer. La Catalane se montre vulnérable dans son single Dolerme, perdue et amère face à un amour hésitant et finalement décevant. Sa voix trafiquée par second n’enlève rien à la simplicité du titre qui émeut les cœurs blessés dès la première écoute.

 

Maëlys Peiteado, journaliste et neighborhood supervisor sur Marieclaire.fr


5/12

“Jail pour mineurs” – Hatik

10 thousands and thousands d’internautes ont vu Validé, huit jours après sa mise en ligne. Un file pour une série Canal +. Le confinement, bien sûr, peut expliquer un tel nombre de vues, puisque les Français ont l’interdiction de sortir et explosent alors leur temps d’écran. Mais il serait injuste de réduire le succès de la première série française sur le monde du rap à cet opportun timing.

“Le Dix pour cent du rap” : c’est l’analogie que font les critiques culturelles depuis la sortie de la série de Franck Gastambide, le 20 mars dernier. Et pour trigger : le nombre incalculable de “friends”, de rappeurs célèbres qui ont accepté de jouer leur propre rôle, mais aussi de producteurs, d’animateurs radio du milieu du rap… Toutes les générations françaises de cette tradition sont mêlées, ont les yeux rivés sur Apash, débutant talenteux dans le “rap recreation”.

C’est avec son freestyle Jail pour mineurs que le personnage principal, joué par le rappeur Hatik, s’incruste en direct sur les ondes de Skyrock, dans sa mythique émission quotidienne Planète Rap. Apash crache son texte dans son micro, ça type des tripes. Ça bouscule, dès le premier épisode. Il donne le tempo des neuf autres. Un morceau coup de poing… et puis, c’est l’entière bande originale à laquelle ont participé les plus gros vendeurs du style (Gims, Soprano, Ninho…) que l’on a validée.

JH


6/12

“Future Nostalgia” – Dua Lipa

Avec son deuxième album, Dua Lipa entend assoir sa domination de la pop occidentale. Après deux milliards de vues sur Youtube pour New Guidelines, le tube qui l’a révélée en 2017, la chanteuse américaine se fait synthèse de ce que la pop peut avoir de plus efficace à offrir sur Future Nostalgia, pour mieux s’inscrire dans le temps : guitare cocotte, synthés 80ies, boucles disco, basse groovy, clappements de mains, légères montées en puissance mélodique et refrains ciselés.  

Cet album joue sur notre appétence pour des refrains déjà joués en boucle, et qui retiennent immédiatement l’consideration. Résultat : un album parsemé de références plus ou assumées (Depeche Mode sur Bodily), allant parfois jusqu’à l’emprunt : la boucle entêtante de My Lady, titre Lew Stone & the Monseigneur Band feat. Al Bowlly, se retrouve sur Love Once more, la basse ronde de La Grenade de Clara Luciani sur Hallucinate, tandis que Want You Tonight d’INXS se retrouve samplée sur Break My Coronary heart.

Autoproclamée “feminine alpha”, Dua Lipa impose une pop béton à laquelle il est difficile de résister, mais qui mérite encore un supplément d’âme. 

MG


7/12

“Cenizas” – Nicolas Jaar

En plein confinement, ce fut la lumière de ma semaine. Quelques jours seulement après l’avoir annoncé, le compositeur prodige Nicolas Jaar a dévoilé Cenizas (Cendres) un nouvel album. Il y a quelques semaines, il sortait un autre album, beaucoup plus brutal, sous son alias All Towards Logic, c’est dire l’étendue de sa palette sonore. Quatre ans ont passé depuis son fabuleux Sirens, mais l’ADN reste intact.

Electronica, sonorités d’Amérique du Sud, dont il est originaire, et toujours sa voix à peine audible qui résonne comme un écho. L’expérimentation musicale du jeune américano-chilien n’a vraisemblablement pas de limites. Encore une fois, Nicolas Jaar ne déçoit pas et nous entraîne avec lui dans ses limbes envoûtantes. Sur la douceur inquiétante du titre principal – Cenizas également – il dépeint un monde isolé, qui se rétrécit et qui s’effondre, mais qui malgré tout reste solidaire. Cela ne vous rappelle rien ?

MP


8/12

“Lâcher prise” – The Pirouettes ft Timothée Joly

The Pirouettes, le duo le plus mignon de la pop française revient avec Lâcher prise, duo doux et savamment mélancolique avec la révélation Timothée Joly, qui avait sorti un premier EP réussi en 2018, Worldwide : 1+138

Tâchons d’appliquer leur chorus : “Je me sens enfermé dans mes soucis/Il faut lâcher prise/Même quand le cri te brise”. The Pirouettes se produiront au Trianon le 13 septembre.

MG


9/12

“Time” – Infantile Gambino feat. Ariana Grande

Comme ça, sans prévenir. Déjouant les pronostics sur la date de sortie, se fichant quelques peu du mode “pause” sur lequel s’est mis le monde – et le monde de la musique – , Donald Glover alias Infantile Gambino a mis en ligne le 15 mars dernier, gratuitement, et en une seule vidéo Youtube, son nouvel album. La date lui donne son titre : 3.15.20. Sobre, comme sa pochette toute blanche.

C’est avec ce projet que l’interprète de That is America souhaite dire au revoir à son avatar, “Infantile Gambino”. Il ne veut plus se dédoubler : il est Donald Glover, artiste aux multiples facettes, acteur dans la série Atlanta et chanteur.

Time est le morceau que l’on retient du projet shock, d’abord parce qu’hormis l’introduction que Infantile Gambino chantait déjà en live performance, il est le seul, sur douze pistes, à être nommé par un titre en toutes lettres, et non par des numéros qui indiquent les minutes et les secondes de la vidéo Youtube auxquelles le morceau démarre. 

Time interpelle aussi, parce que le “rappeur gospel” a collaboré dessus avec Ariana Grande. Résultat : six minutes qu’on pense d’abord ranger dans la case “électro”, puis “R&B”, même “soul”, et finalement “gospel”. Inclassable, perturbant… Surtout planant.

JH


10/12

“Persona Non Grata” – Vibrant Eyes

On ne les attendait plus : comme d’autres avant eux, Vibrant Eyes nous auront finalement accordé la fausse peur de la séparation définitive. Presque dix ans après leur elegant 8e album, The Individuals’s Key (2011), l’emblématique groupe américain de folk-rock alternatif formé en 1995 est revenu avec le single Persona Non Grata.

Ainsi qu’une bonne campagne de communication qui leur a fait ouvrir un compte Instagram, et qui a même amené son timide chief, Conor Oberst, à se moquer de lui-même dans un sketch pour le talk-show de Conan O’ Brien.

À 40 ans, Conor Oberst n’a rien perdu en lyrisme et poésie. L’éternel écorché vif s’avère toujours disséqueur précis et juste des maux de sa génération progressiste dont l’entrée dans l’âge adulte s’est faite au second du 11 septembre. Il offre un titre puissant où il détaille avec drive, parfois à bout de souffle, ce qui le bouleverse sur le chemin menant à un rendez-vous.

Dans un mot accompagnant la sortie du morceau, le trio précise que “peu importe ce qu’il adviendra”, leur nouvel album sortira en 2020. Voilà de quoi mettre un peu de baume au coeur.

MG


11/12

“Are you feeling unhappy ?” – Little Dragon ft Kali Uchis

Quel mois de mars… Voici un titre qui vous permettra d’encaisser la suite. Rapide, vitaminé et un peu déroutant, il faut le dire, Are you feeling unhappy ? vous allonge sur le divan pour mieux vous rebooster après la séance d’introspection.

Le groupe suédois Little Dragon, mais aussi la diva colombiano-américaine passe partout Kali Uchis s’activent et vous assurent que “tout ira mieux”. Prescrit plusieurs fois par jour pour un confinement plus ensoleillé, à commencer dès le réveil.

MP


12/12

“Cannot Cool Me Down” – Automobile Seat Headrest

Malgré leur look de premiers de la classe, Automobile Seat Headrest font partie des meilleures pousses du rock indépendant actuel depuis leur formation en 2010 et leurs trois premiers albums, dont l’indispensable Teenagers of Denial (2016). 

Avec Can’t Cool Me Down, sorti toute fin février chez Matador, le groupe se fait un peu plus lumineux qu’à l’accoutumée, avec un clavier sautillant, un beat effervescent et un refrain rétro façon années 90. Mais la noirceur des paroles empêche de s’y tromper : les petits sont toujours aussi prêts à exploser. Un titre tout en retenue, mais obsédant.

MG



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