Le calendrier de l’actualité musicale est parfois facétieux. La veille du lancement de la campagne de Donald Trump pour sa réélection, samedi dernier à Tulsa, le chanteur qu’il déteste probablement le plus sortait son nouvel album au titre, Larger Love, qu’il n’est pas interdit de voir comme un message subliminal au président des États-Unis. On n’a pas oublié leur passe d’armes sur les ­réseaux sociaux. En ­septembre 2019, réagissant à un commentaire de l’artiste sur sa réforme judiciaire, Trump s’en était vivement pris au “chanteur ennuyeux” et à sa “charretière” de femme qui osaient le défier. Laquelle, le model Chrissy Teigen, eut l’insigne honneur d’être bloquée par le président en personne sur Twitter. Quitte à devenir presque plus célèbre que le musicien aux 11 Grammy Awards et au milliard et demi de vues YouTube pour sa seule chanson All of Me (2013).

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Près d’un an plus tard, le virus a tout balayé et on en revient à la ­musique. Au téléphone, John ­Legend accepte néanmoins de nous redire tout le bien qu’il pense du locataire de la Maison-Blanche : “Je n’ai pas de message à adresser à Donald Trump, outre l’impatience que j’ai à ce qu’il ne soit plus président. Je guette le jour où l’on pourra sortir de ce cauchemar nationwide…”

John Legend entend rappeler un héritage qui fait la fierté des ­Afro-Américains

Inspiré par les “amours de [sa] vie”, ce Larger Love aux 16 titres parfumés côte ouest se présente comme un recueil d’apparence inoffensive. Imprégné de soul à la sauce Motown et mâtiné de beats hip-hop, cet objet soyeux prône à chaque couplet l’amour sous son jour le plus (con)sensuel, la voix se posant comme du velours sur des mélodies et chœurs d’une grâce solaire. Pourtant, en se revendiquant de Marvin Gaye, Stevie ­Marvel – qu’il a incarné dans la série ­American Goals – ou Nat King Cole – l’un des chanteurs préférés de son paternel –, l’ancien chef de chœur gospel dans l’Ohio entend rappeler un héritage qui fait la fierté des ­Afro-Américains.

“Chaque fois que j’écoute Stevie Marvel ou Nina Simone, je me souviens que ces artistes étaient aussi des militants défendant la trigger des opprimés, développe-t-il. Leur ­musique était porteuse de ce message. C’est dans ce sens que j’emploie le mot ‘love’. Il ne s’adresse pas seulement à l’amour que vous portez à vos proches et à votre famille mais à l’humanité en général et à la planète en particulier dans ces problématiques de racisme et de mots en -isme qui nous divisent.”

C’est son septième disque ­studio

Dans les notes qui accompagnent son septième disque ­studio, Legend précise : “Toutes ces chansons ont été créées avant que le monde ne soit secoué par une pandémie, avant les dernières tueries policières aux États-Unis qui ont envoyé tant de gens dans les rues du monde pour protester. Pendant ces moments douloureux, certains d’entre nous peuvent se demander s’il est regular de rire, de danser ou d’être romantique. Mais il est vital pour nous de continuer à montrer au monde ce que c’est que d’être noir et humain.” L’auteur de l’hymne Glory (2015), oscar de la meilleure chanson originale, évoquant les marches de Selma à Montgomery en 1965, s’est ­toutefois tenu à l’écart des manifestations du mouvement Black Lives ­Matter, de crainte d’en détourner le message par sa présence.

D’une voix se hissant de la cave au grenier, l’acteur et chanteur du Begin a Hearth de La La Land (2016) peut harmoniser en ouverture sur des “ooh laa” innocents, chanter ses réjouissances comme ses vagues à l’âme, il n’en oublie pas moins de rappeler au détour d’une chanson écrite à sept auteurs- compositeurs l’significance de ne pas rester les doigts croisés : “Actions converse louder than love songs/The melodies they keep on” (“les actions parlent plus que les chansons d’amour, mais les mélodies, elles, demeurent”).

Ses deux gamins (four et 2 ans), eux, plébiscitent le titre suivant, I Do. Pendant le confinement, ils n’ont pas manqué de se défouler sur ses cocottes de guitare, ses chœurs et handclaps pleins d’espoir en des lendemains ensoleillés. Pour John Legend, l’avenir du monde s’écrit dans les pas des enfants plutôt que dans ceux de Donald Trump.

Larger Love** (Sony Music)



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